Solaire, mode de vie : de la BD à l’animation
Dans la case-programme « Le coin de l’innovation » (numéro 4 de universcience.tv), le réalisateur grenoblois Bernard David-Cavaz intègre dans son film « Solaire, mode de vie » une longue séquence animée. Il nous explique pourquoi.
Cette démarche se situe au croisement des deux maximes : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement » et « Un dessin vaut parfois mieux qu’un long discours ».
La façon la plus immédiate de recentrer ou de synthétiser un propos complexe passe par les mots. Une fois le texte écrit, reste à inventorier les images « réelles » qui peuvent le faire vivre, lui donner encore plus de sens. Lorsqu’on les trouve, le texte devient commentaire et les images, un éclairage. Si les images, trop pauvres, n’enrichissent pas le texte ou si le propos, trop abstrait, est difficilement illustrable, le dessin peut être appelé à la rescousse.… Le dessin a ceci de remarquable qu’il obéit rigoureusement à ce que son auteur veut lui faire exprimer. De plus, les outils d’aujourd’hui (Final cut pro, After effect… ) permettent de l’animer sans passer par l’intervention des studios Disney au grand complet…
Ici, il s’agissait dans le film de décrire UN SYSTEME (la « Convergence Bâtiment/Transport dans les réseaux énergétiques de demain) impliquant de nombreux spécialistes : ingénieurs, techniciens, architectes, urbanistes, sociologues. Autant de personnalités et de personnages qui, s’ils sont rompus à la mise en commun et au partage de leurs spécialités sur le terrain, peinent à fournir « d’une seule voix », une explication fluide de l’ensemble du concept, aucun d’entre eux ne se sentant habilité à s’approprier l’ensemble de la démarche. J’ai donc choisi de les interroger séparément, chacun dans leur spécialité, avant de proposer ce petit récapitulatif animé qui, en moins d’une minute, fait converger leurs travaux respectifs dans un récit cohérent, simple et pédagogique.
Comme je conçois, écris et dessine avec une certaine facilité, et que Chris Gaillard, mon monteur truquiste, est un virtuose de Photoshop, Final Cut Pro et de Garage Band, l’exercice a finalement été moins compliqué et plus attrayant pour nous qu’une tentative de montage « au chausse-pied » qui aurait peiné à trouver une belle cohérence…
Je viens de la bande dessinée et j’ai conservé de cette pratique le goût de raconter des histoires, le sens de l’observation et un coup de patte assez bien maîtrisé. Il m’arrive parfois de « rêver » mes films sous forme de BD avant de les transformer en réalité, la caméra jouant le rôle du crayon… Cette idée de la présence d’un « imaginaire graphique » hantant le cours d’une histoire me plait assez, c’est un peu comme si la poésie s’invitait discrètement dans la réalité. Il y a une vraie correspondance structurelle entre le film et la BD. Personnages et décors sont gérés selon les mêmes critères pour la nature de leur présence à l’écran ; pour les mots, on trouve dans les bulles le texte « in », dans les cartouches de haut de case, le texte « off » ou commentaire ; en parlant, mon interlocuteur remplit sa bulle, s’il parle trop, la bulle sera trop grosse, il faudra couper… Je « storyboarde » beaucoup. Au moment de cadrer, je remplis mes cases l’une après l’autre. Le découpage et la chronologie des séquences obéissent aux mêmes règles pour organiser la fluidité de la narration ou pour entretenir le suspense…
Bernard David-Cavaz, réalisateur

